
Herbert Brown Ames n'a pas suivi le parcours habituel des industriels de la fin du siècle dernier. Sans bouleverser les normes sociales de l'époque, il s'inscrit dans un mouvement nettement minoritaire à l'époque, celui des réformistes, un mouvement originaire des États-Unis et de la Grande-Bretagne. À Montréal, les réformistes ne sont pas réunis au sein d'un mouvement unifié comme le Parti progressiste de Teddy Roosevelt aux Etats-Unis; il s'agit plutôt de différents groupes qui oeuvrent à différents niveaux, que ce soit en politique municipale ou au sein d'organismes charitables par exemple. Toutefois, ils ont tous pour objectif premier d'améliorer les conditions de vie de la classe ouvrière.
Fils de parents américains, Herbert B. Ames naît à Montréal en 1863. Il y commence ses études, qu'il poursuit au Amherst College, dans le Massachusetts, puis en France, où il étudie le français et la littérature. Il débute sa carrière en 1885 dans l'entreprise familiale, la Ames-Holden Limited, une importante manufacture de chaussures, qu'il délaisse en 1894, à la mort de son père, pour se consacrer aux affaires publiques et à la politique. Son intérêt pour la politique municipale se manifeste dès 1892 alors qu'il participe à la fondation de la Volunteer Electoral League, qui combat la corruption qui règne à l'hôtel de ville. Il est le conseiller municipal du quartier Saint-Antoine de 1898 à 1906 et membre du Bureau de santé de la Ville durant quatre de ces années. D'après Paul-André Linteau, son rôle «est déterminant dans l'animation du groupe réformiste au conseil municipal».
Herbert B. Ames fait partie des quelques hommes d'affaires qui prennent conscience que la détérioration des conditions de vie d'une partie de la population a des conséquences sur toute la société. Il est l'auteur de la seule étude sociologique montréalaise de l'époque, The City below the Hill. Cette enquête fut réalisée en 1896 dans le quartier Sainte-Anne et dans la partie sud du quartier Saint-Antoine, secteur qui abrite la «véritable classe ouvrière» d'après Ames. La «ville en bas de la colline» s'oppose bien sûr à la ville située sur les premières pentes du mont Royal, soit le nord du quartier Saint-Antoine, qui rassemble la bourgeoisie montréalaise. Ames s'en prend entre autres aux logements de fond de cour et aux toilettes extérieures. Ames exhorte les hommes d'affaires à construire des logements ouvriers répondant à certaines normes de qualité, d'espace et d'aération qui rapporteront tout de même un certain profit à leurs propriétaires; c'est ce qu'il appelle la philanthropie à 5%. Mais son message ne sera pas entendu. Ames reste le seul homme d'affaires à appliquer la philanthropie à 5% en faisant construire un ensemble de quatre maisons, appelé Diamond Court, pouvant loger 39 familles au coeur de la «ville en bas de la colline», rue William, entre les rues Ann et Shannon (cet ensemble résidentiel n'existe plus aujourd'hui).
L'intérêt de Ames pour la politique se transpose sur la scène fédérale, entre 1904 et 1920, comme député conservateur pour le comté de Montréal-Saint-Antoine. Sa carrière prend alors une tournure internationale: il devient directeur financier au secrétariat de la Société des Nations puis délégué du Canada à l'assemblée de la Société des Nations. Il meurt à Montréal en 1954.
Illustration: Herbert Brown Ames. La Patrie, 23 février 1910.
Recherche et rédaction par Nicolas-Hugo Chebin et Josée Lefebvre
Mention obligatoire: Centre d'histoire de Montréal2e trimestre 1998

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Dernière mise à jour : 2000-04-13
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