
Berceau de l'industrialisation au Canada, porte d'entrée pour les immigrants, centre bancaire et culturel, Montréal a aussi le mérite d'avoir abrité la première station de radio au monde en 1918. Toutefois, à cette époque, cette nouvelle technologie n'est pas connue sous le terme de radio, mais plutôt de télégraphie sans fil (TSF).
Le récit historique de la radio est un véritable arbre généalogique d'inventions et de découvertes où Montréal est le lieu d'aboutissement d'une importante innovation, les stations radiophoniques. L'aventure débute en Allemagne, en 1888, avec la découverte des ondes électromagnétiques par Heinrich Hertz. La France y ajoute une suite en 1890, quand le physicien Edouard Branly invente le radioconducteur, un outil servant à détecter les ondes hertziennes. En 1895, c'est au tour de la Russie à ajouter une page à cette histoire. Un ingénieur russe, Alexandre Popov, utilise les découvertes de Hertz et l'invention de Branly pour inventer l'antenne et ainsi fabriquer le premier récepteur d'ondes hertziennes. L'année suivante, Popov réussit la première transmission sans fil d'un message en morse, sur une distance de 250 mètres. Utilisant les inventions de Hertz, Branly et de Popov, un physicien italien de 22 ans, Guglielmo Marconi, met sur pied un poste de transmission de télégraphie sans fil. Marconi connaîtra ses premières heures de gloire en Angleterre, où il réussit en 1901 une transmission de télégraphie sans fil entre Cornouailles et Terre-Neuve. Guglielmo Marconi obtient un prix Nobel en 1909.
Mais là ne s'arrête pas la liste des gens qui ont travaillé sur des expériences de télégraphie sans fil. Il faut y ajouter Reginald Aubrey Fessenden qui nous rapproche davantage de Montréal. Ses études au collège de Lennoxville l'ont conduit à travailler auprès de l'illustre Thomas Edison, aux États-Unis. Durant la nuit de Noël 1906, Fessenden réalise à son tour une diffusion par TSF depuis la ville de Brant Rock au Massachusetts. Toutefois, cet exploit passe inaperçu. Enfin, un ingénieur américain, Lee DeForest, inventeur de la triode (1907), communément appelé la lampe, transmet sur les ondes, en 1910, un concert du Metropolitan Opera (New York) ainsi que les résultats des élections présidentielles américaines de 1916. Enfin, en 1918, la filiale canadienne de la Marconi Wireless Telegraph Company installée à Montréal diffuse des émissions expérimentales sous l'indicatif WXA avant de devenir CFCF.
Aujourd'hui, la radio est présente dans toutes les maisons. Devenue un objet usuel, on oublie à quel point son invention a été précédée d'exploits technologiques.
À Montréal, le clergé catholique s'est intéressé très tôt à la nouvelle technologie de radiodiffusion, y voyant une application pratique pour ses activités. Un prêtre jésuite du nom de Papin Archambault sollicite du temps d'antenne auprès de la station CKAC, première station radiophonique d'expression française créée en 1922. À partir de 1930, la station CKAC diffuse une émission d'une heure consacrée à la religion, «L'heure catholique». Plus tard, en 1950, le cardinal Léger réussi un exploit: faire réciter le chapelet à la grande majorité de la population montréalaise, tous les jours à la même heure.
La première station radiophonique au monde à diffuser, selon un horaire régulier, et non plus de façon expérimentale, fut la XWA en 1919. Appartenant à la filiale canadienne de la Marconi Wireless Telegraph Company, elle était installée au 173 de la rue William à Montréal depuis l'année précédente.
Elle obtient, la même année, le premier permis de radiodiffusion émis à cette époque par le Ministère fédéral de la marine et des pêcheries, car la TSF était surtout utilisée pour la communication maritime. La station prend dorénavant l'indicatif CFCF. Montréal devient la première ville au monde à obtenir un transmetteur de télégraphie sans fil permanent et une station radiophonique.
Au cours des années 20, la programmation commence à prendre forme. On y présente des bulletins météorologiques ainsi que de la musique, obtenue par un phonographe Victrola à manivelle. La première grande émission de la station CFCF fut la diffusion, depuis le Château Laurier à Ottawa, d'une soirée de la Société Royale du Canada où un orchestre et une soliste se produisaient en spectacle. CFCF est aussi pionnière dans les bulletins de circulation routière. Enfin, avec l'avènement de la fréquence modulée (FM), CFCF met sur pied une station FM que l'on connaît depuis 1967 sous l'indicatif CFQR.
La station CFCF a occupé plusieurs bâtiments à Montréal. En 1922, elle s'installe dans l'édifice de la compagnie Canada Cement au Carré Philips. Une console, un piano et un gramophone constituaient alors l'outillage de base. Un épais rideau entourait le studio afin d'empêcher la réverbération. En 1927, CFCF emménage dans des locaux de l'hôtel Mont Royal pour ensuite déménager dans l'édifice Kings Hall sur la rue Sainte-Catherine en 1930. La station a aussi occupé un édifice du Carré Dominion de 1948 à 1963 pour enfin s'établir au 405 avenue Ogilvy. Aujourd'hui, la station a pignon sur rue au 1200 de l'avenue McGill College.
Première photographie: Une page du catalogue du magasin Dupuis, 1947-48. Centre d'histoire de Montréal
Seconde photographie: Le Cardinal Léger récitant le chapelet en famille avec les jumelles Dionne. «En souvenir... Cardinal Paul-Émile Léger», Éditions des Partenaires, 1992.
BAULU, Roger. CKAC une histoire d'amour. Montréal, Stanké, 1982.
PROULX, Gilles. L'aventure de la radio au Québec. Montréal, La Presse, 1979.
BRAND, Paul. «The Twentieth Century Bible - Listening to the radio in Montreal, 1924-1939» . The Register, vol. 1, n° 1-2 (mars 1980), pp.108-130.
4e trimestre 1993

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Dernière mise à jour : 2000-03-31
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