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n° 21

Le port de Montréal

(1) L'évolution du port

picto Vieux-Port

Qui pourrait aujourd'hui imaginer Montréal sans son port ? Institution essentielle à la survie et au développement de la ville, il est toutefois surprenant de voir combien le port est méconnu des Montréalais. Pourtant le port de Montréal a un impact économique annuel de 1,2 milliard de dollars sur la région métropolitaine. L'importance du port s'est évidemment accrue en même temps que se précisait le rôle de métropole commerciale de Montréal. L'histoire du port témoigne de la vitalité du négoce montréalais.

Montréal 1830

L'histoire du havre remonte à l'occupation amérindienne de l'île, mais le port, en tant qu'institution, n'existe que depuis 1830. Auparavant, c'est à peine si le terme de port pouvait être utilisé pour désigner le ramassis de petits quais de bois qui se détachaient de la berge malpropre. D'ailleurs cette berge boueuse empêchait tout navire ayant un tirant d'eau raisonnable de s'approcher de la rive. Notamment les bateaux à vapeurs qui fréquentaient Montréal depuis 1809, ne pouvaient que s'ancrer au large de l'île du Marché (ou îlot Normant). Le déchargement et l'embarquement des marchandises s'effectuaient donc à l'aide de radeaux. Cette situation rudimentaire et anarchique est vite devenue intolérable pour les marchands réunis depuis 1822 au sein du nouveau Board of Trade. Des transformations majeures s'imposaient ! Fondée le 8 mai 1830, la Commission du Havre naissait donc du désir des marchands de doter Montréal d'installations portuaires dignes de l'importance commerciale grandissante de la métropole canadienne.

Statue Young

Deux phases majeures d'aménagements vont moderniser le port au milieu du 19e siècle : de 1830 à 1833, puis de 1838 à 1845. Plusieurs quais et jetées sont construits. Le premier quai recouvre l'îlot Normant et le joint à la berge. La jetée Victoria, complétée en 1845, fait face au nouveau marché Bonsecours. Elle est construite selon un nouveau principe : des caissons de bois équarri, remplis de terre et de pierres, sont immergés et recouverts par des planches. Grâce à ces travaux, les installations du port sont désormais jugées modernes et adéquates par la plupart des gens. Mais pour les commissaires du port, un aspect demeure inquiétant pour l'avenir : les navires sont d'un tonnage sans cesse grandissant et le fleuve n'a pas la profondeur requise entre Québec et Montréal. Toutefois, un certain John Young, commissaire du port, va y voir.

Port

Des travaux de dragage seront entrepris, malgré l'opposition de Québec qui craignait que Montréal lui fasse compétition. Le chenal de navigation sera donc approfondi jusqu'à 28 pieds en 1888, au moment où le port connaît son apogée. L'achalandage accru des installations portuaires (870 773 tonneaux de marchandises sont transbordés en 1887) a aussi imposé la création d'un système de chemin de fer permettant aux marchandises d'être rapidement acheminées vers leurs destinations. Le domaine du vrac, et plus particulièrement du grain, connaît aussi un essor considérable, ce qui pousse les commissaires à faire bâtir d'importants élévateurs à grains. Le premier a été construit en 1905 et le dernier, en 1982. Seulement trois de ces élévateurs subsistent encore de nos jours, dont le plus gros, situé au sud de la rue Pie-IX. Depuis 1983, le port de Montréal fait partie d'une structure nationale appelée Ports Canada qui gère les principaux ports canadiens.

Aujourd'hui, si Montréal a perdu sa place de premier port canadien au profit de Vancouver, elle demeure quand même la championne du transport conteneurisé. Port de mer à plus de 1 500 km de l'océan, le port de Montréal reste la porte d'entrée privilégiée pour le coeur de l'Amérique.

Saviez-vous que...

L'île disparue picto

Face à la place Royale dans le Vieux-Montréal, il y a, non pas un trésor englouti mais plutôt une petite île submergée qui sert aujourd'hui de fondation au quai Alexandra. Connue généralement sous le nom d'îlot Normant, du nom de Louis Normant de Faradon, supérieur des Sulpiciens au 18e siècle, on la retrouve sur divers plans anciens du port de Montréal, portant plus de 15 noms différents. Tantôt appelée île du Marché ou encore île aux Huîtres, cette île est certes un morceau englouti de l'histoire de Montréal...

Le pont Jacques-Cartier

Pont Jacques-Cartier

Le pont Jacques-Cartier est certainement la réalisation la plus spectaculaire de la Commission du havre de Montréal. Inauguré le 24 mai 1930 par le premier ministre Mackenzie King, l'immense structure du pont impressionne encore aujourd'hui les Montréalais et les visiteurs. Le pont Jacques-Cartier est véritablement imposant : sa longueur est de 3,4 km et sa travée centrale est suspendue, à sa hauteur maximale, à plus de 100 mètres. Il permet de rejoindre la rive-sud de Montréal tout en donnant accès à l'île Sainte-Hélène.

L'idée d'ériger un pont traversant le fleuve à cet endroit avait déjà été émise par John Young et un groupe de citoyens dès 1874. Des plans, ressemblant étrangement au pont actuel, avaient été tracés en 1876. On projetait de le nommer pont Royal-Albert. Toutefois le gouvernement fédéral s'opposera jusqu'en 1924 à la construction de ce pont en raison du coût énorme du projet.

Finalement, c'est la Commission du Havre qui obtint du gouvernement l'autorisation de construire, à condition qu'elle en assume les coûts. Les travaux s'échelonnent de 1925 à 1929, et coûteront 20 millions de dollars. La pierre angulaire, installée le 9 août 1926 au sein du pillier situé à l'angle des rues Notre-Dame et St-Antoine, renferme plus de 50 objets datant de la construction, dont les journaux montréalais de l'époque et plusieurs pièces de monnaie de 1925.

Le pont portera plusieurs noms au cours de son histoire. Pendant sa construction, la structure était connue sous les toponymes de pont de la rive-sud, ou pont des Commissaires. Puis lors de l'inauguration en 1930 on l'appela pont du Havre, avant d'être rebaptisé officiellement, le 30 juin 1934, pont Jacques-Cartier, en hommage au découvreur du Canada.



Première photographie: Vue aérienne d'une partie du Vieux-Port du Montréal. Ville de Montréal. Gestion de documents et des archives.

Seconde illustration: Vue de Montréal depuis l'île Ste-Hélène. Collection privée.

Troisième illustration: Statue de John Young par Philippe Hébert (1911). Centre d'histoire de Montréal

Quatrième photographie: Port de Montréal, Opinion Publique, août 1875.

Cinquième photographie: Inauguration du pont Jacques-Cartier, 1930. Collection privée.


Lire Montréal

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MARSAN, Jean-Claude. Montréal en évolution. Historique du développement de l'architecture et de l'environnement urbain montréalais. 3e édition. Laval, Éditions du Méridien, 1994.

PINARD, Guy. «Le port de Montréal» et «Les édifices du port de Montréal» dans Montréal. Son histoire, son architecture. Tome 2. Montréal, Éditions La Presse, 1988. pp. 199-216.


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1er trimestre 1995





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Dernière mise à jour : 2000-03-31
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