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n° 32

Expo 67
Le trentième anniversaire! (1)

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L'Exposition Universelle de Montréal a eu trente ans en 1997. Le Centre d'histoire de Montréal a présenté du 9 juillet au 7 décembre 1997 une exposition pour fêter cet anniversaire.

L'arrière-grand-mère des expositions universelles: Londres 1851

Le premier mai 1851, la reine Victoria écrit: «C'est un des plus grands et des plus glorieux jours de notre vie...». Karl Marx et Friedrich Engels, quant à eux, ironisent: «La bourgeoisie célèbre sa plus grande fête», «elle montre, fièrement satisfaite d'elle-même, les dieux qu'elle s'est créés.»

Les Français avaient organisé depuis la Révolution plusieurs grandes expositions industrielles. Ce sont pourtant les Britanniques au faîte de leur puissance qui donnent à cet événement, en 1851, une dimension internationale. L'unique pavillon de l'exposition de Londres, le Crystal Palace, domine Hyde Park. Quelque 15 000 exposants d'une vingtaine de pays (dont la moitié sont de Grande-Bretagne ou de ses colonies) y exposent leurs produits. Ce bâtiment de verre, de fonte et de bois, fait de pièces préfabriquées, est assez grand pour contenir quatre fois Saint-Pierre-de-Rome! Il sera imité partout, et forcément à Montréal, port colonial, où à partir de 1860 un Crystal Palace accueille les expositions industrielles et agricoles provinciales.

La course aux expositions

Ses six millions d'entrées, ses retombées commerciales, et son audacieux palais lancent sur la voie des expositions internationales les États mais aussi les villes. Et tous reprennent le concept gagnant: une foire industrielle ouverte sur le monde, vantant le progrès industriel et technologique, mais aussi les sciences, les arts et les traditions.

En Europe, on se bouscule; en tête de liste, Paris. Les États-Unis se joignent au peloton, en 1876, avec l'exposition de Philadelphie. Mais d'autres nations de l'hémisphère sud comme l'Australie, le Guatemala ou le Brésil organisent aussi des expositions plus modestes réunissant des pays voisins.

Une ville éphémère

Au cours du 19e siècle, le concept évolue. L'immense pavillon central, regroupant tous les exposants, est remplacé par des pavillons nationaux et d'entreprises. La tradition se maintient cependant d'ériger des monuments qui incarnent l'exposition comme la tour Eiffel.

Le site devient une véritable ville, avec ses services, ses transports et son parc d'amusement. Les architectes s'inspirent de l'Antiquité, copient des bâtiments historiques célèbres, font dans l'exotisme, ou après 1900, se laissent tenter par le modernisme et l'innovation.

De Londres à Hanovre

À ce jour, plus de 80 expositions majeures ont été tenues à travers le monde; de ce nombre, 29 peuvent être qualifiées d'universelles. Certaines ont marqué leur époque, comme Chicago en 1893, qui imposa le style néo-renaissance aux États-Unis, mais le plus souvent, leurs retombées sont éphémères.

Les expositions ne sont plus l'outil de marketing et d'information qu'elles furent jadis. D'autres médias et méthodes les ont remplacées. Pourtant, comme c'est le cas des Jeux Olympiques, elles représentent encore pour les villes hôtesses une occasion unique de moderniser leurs infrastructures et acquérir une notoriété internationale.

Après Osaka en 1970, Séville a accueilli en 1992 la dernière exposition universelle du siècle. La prochaine marquera la venue du deuxième millénaire, à Hanovre, en Allemagne.


Saviez-vous que ...

picto Bien plus que des patenteux!

Où fut projeté pour la première fois un film sur un écran de 330º ? Montréal 1967? Non, Paris 1900! Le cinéma en était encore à ses balbutiements. De l'estrade en forme de nacelle, les spectateurs avaient l'illusion de survoler le monde en ballon. Mais l'inflammabilité des pellicules mit fin prématurément à l'expérience.

Le public des expositions internationales fut souvent le premier à découvrir les inventions de l'heure: le percolateur (1851), le téléphone et la machine à écrire (1876), le manège de la grande roue (1893), la cuisinière électrique (1904), le nylon et le magnétophone (1939), le spoutnik (1958), etc.


L'Ile Sainte-Hélène: la discrète devenue starlette

Cultivateurs, militaires et baigneurs

En 1611, Samuel de Champlain remarque une petite île dans le Saint-Laurent. Il y voit le lieu idéal pour y établir "une bonne et forte ville". C'est plutôt l'île d'en face, celle de Montréal, qui aura la faveur des fondateurs. Nommée par le découvreur en l'honneur de son épouse, Hélène Boulé, l'île Sainte-Hélène ne sera utilisée pendant deux siècle qu'à des fins agricoles. On y trouvait la maison de campagne et les moulins des seigneurs de Longueuil, l'île étant rattachée à cette seigneurie.

Ile Ste-Hélène

Acquise par l'armée britannique en 1818 pour faire face à d'éventuelles invasions américaines, l'île devient un lieu de garnison, avec ses murs, ses arsenaux, ses poudrières et ses casernes. Après le départ des troupes, en 1870, la Ville obtient la permission d'y aménager un parc public où les baigneurs et promeneurs pourront se rendre par traversier.

Rêves de gloire et travaux de chômage

A la fin du 19e siècle, l'élite montréalaise s'entiche d'une idée folle, celle de tenir à l'île Sainte-Hélène une exposition universelle pour 1896. La suggestion vient du commissaire de la Grande-Bretagne à la précédente exposition de Chicago, qui y voit un moyen de ranimer une économie en crise. Les journaux font écho aux projets des architectes: des dômes de verre, des tours gothiques, des bâtiments à galeries et à colonnades, des arcs de triomphe, tous d'une extravagance et d'un goût très victoriens. Toutefois, le projet n'eut pas de suite.

La vocation récréative de l'île s'affirme autrement, après que la Ville en soit devenue propriétaire en 1908. Les travaux de chômage des années 1930 amorcent son aménagement selon les plans de l'architecte paysagiste Frederick G. Todd. Accessible à partir de 1930 par le pont Jacques-Cartier, l'île est interdite au public pendant la Deuxième Guerre mondiale, afin d'y entreposer des munitions et interner des prisonniers allemands et italiens.

Entre l'Expo 67 et l'oubli

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La paix redonne aux Montréalais leur parc insulaire et une piscine publique, inaugurée en 1953. Les travaux de l'Exposition universelle de 1967 l'intègrent aux îles artificielles créées pour l'occasion, ainsi que sa petite soeur la Ronde, occupée dès lors par un parc d'amusement qui porte son nom.

Depuis la fin du rêve de Terre des Hommes, on l'avait un peu oubliée. Désormais accessible par la navette du Vieux-Port et les pistes cyclables, en plus du métro et du pont, l'île Sainte-Hélène semble redécouverte par les Montréalais. Les traces des ouvrages militaires érigés entre 1820 et 1845 sont encore bien visibles; les travaux amorcés pendant la Crise ont aussi laissé de beaux bâtiments: le chalet des baigneurs, le restaurant Hélène de Champlain, le réservoir d'eau baptisé Tour de Lévis. Pour son patrimoine, sa végétation, ses sentiers paysagés, ses points de vue uniques sur Montréal, et ses musées (David M. Stewart et Biosphère), l'île d'Hélène Boullé vaut bien une promenade!


Première illustration: Courses de natation à l'Île Ste-Hélène, 27 août 1881. Canadian Illustrated News, 1881.

Seconde photographie: Passeport de l'Expo 67. Centre d'histoire de Montréal.


Lire Montréal

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SCHROEDER-GUDEHUS, B. et A. RASMUSSEN. Les fastes du progrès. Le guide des expositions universelles, 1851-1992. Montréal, Boréal, 1995. 368 pages.

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4e trimestre 1996





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Dernière mise à jour : 2002-03-25
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