Départ : Guérite d'entrée du boulevard Rosemont
Nous vous suggérons de commencer ce circuit à partir de l'extrémité nord du Jardin, ce qui vous permet d'accéder immédiatement à l'Arboretum.
Veuillez noter qu'il n'y a pas de sentiers dans l'Arboretum et que vous devrez marcher sur le gazon et vous orientez en suivant le plan.
Si vous craignez de vous perdre, n'hésitez pas à consulter le plan de l'Arboretum ou les animateurs de la Maison de l'arbre avant de partir, ces derniers se feront un plaisir de vous aider.
Station 1 : les mélèzes
Face à la Maison de l'arbre, si vous apercevez des conifères couverts d'aiguilles jaunes dorées, ne vous inquiétez pas, ces arbres ne sont pas en péril. Il s'agit plutôt de la coloration
naturelle des mélèzes (Larix spp.) à l'automne. Dans le monde des conifères, où un feuillage persistant est de mise, les mélèzes font figure d'exception : leurs aiguilles
changent de couleur à l'automne pour ensuite tomber avant l'hiver, comme chez les feuillus.
Pourtant, posséder un feuillage à l'année représente un avantage certain dans les régions
à saison végétative courte et à sols pauvres, habitats de prédilection des mélèzes. En effet, cela permet d'allonger la saison de croissance et requiert moins d'éléments nutritifs
au printemps puisque le feuillage est déjà présent.
Le feuillage
caduc du mélèze est-il un non-sens ou une excentricité de la nature ?
Non, car dans les régions nordiques, le sol reste souvent gelé tard au printemps alors
que l'air se réchauffe suffisamment pour entraîner des pertes d'eau par les aiguilles. Puisque l'eau présente dans le sol n'est pas disponible (elle est sous forme de glace),
les mélèzes ont adopté comme stratégie de perdre leurs aiguilles pour contrer le dessèchement printanier. Qu'en est-il des autres conifères ? Ils ferment complètement
leurs stomates, ces minuscules orifices à la surface des aiguilles qui servent à la respiration et à la transpiration de l'arbre. De plus, leurs aiguilles sont recouvertes
d'une cuticule (une couche cireuse qui réduit les pertes d'eau) plus épaisse que chez le mélèze.
Saviez-vous que...
L'Arboretum est un lieu de prédilection pour les oiseaux. La majorité des
183 espèces observées au Jardin s'y retrouvent.
L'observation ornithologique est facilitée en hiver par un réseau de mangeoires. |
Station 2 : les érables
Après avoir traversé pins et épinettes, vous apercevrez un groupement d'arbres projetant une ombre si dense que le gazon ne peut y pousser : les érables !
Leur superbe coloration est principalement due à la diminution graduelle de la période d'ensoleillement. À l'approche de l'hiver, les arbres à
feuilles caduques forment un bouchon à la base des
pétioles, à l'endroit précis où ces derniers se détacheront. Privées de minéraux, les
feuilles sont incapables de produire de la chlorophylle et perdent leur coloration verte. Les pigments jaunes et rouges, masqués par
la chlorophylle pendant l'été, deviennent alors visibles.
La couleur des érables varie selon l'espèce : jaune chez l'érable argenté ; jaune orangé à rouge chez l'érable à sucre ; rouge vif chez l'érable rouge...
Qu'ils soient indigènes ou exotiques, les érables demeurent des arbres d'ornement par excellence en raison de leur coloration remarquable.
L'érable argenté (Acer saccharinum) fut l'un des premiers arbres plantés le long des rues à la fin du 19e siècle. Aujourd'hui, les rues bordées
de part et d'autre par ces arbres gigantesques sont très recherchées par les citadins.
À partir de 1920,
l'érable de Norvège (Acer platanoides), très résistant aux conditions urbaines, fut aussi planté abondamment. C'est aujourd'hui
l'arbre le plus commun en bordure des rues de Montréal.
Notons finalement le tristement célèbre érable à Giguère
(Acer negundo), cet «indésirable» qui parvient à s'établir dans les fissures d'un trottoir ou d'une ruelle et atteint
des dimensions surprenantes.
Saviez-vous que...
L'Arboretum couvre une superficie de 40 hectares, soit l'équivalent de 59 terrains de football. |
Station 3 : les chênes
En continuant vers le sud, vous atteignez la vaste collection de chênes. Bien isolés les uns des autres, ces arbres ont
tout l'espace nécessaire pour développer leur large couronne.
Certains spécimens de chêne pédonculé (Quercus robur) portent
des branches massives qui s'étalent à l'horizontale sur plusieurs mètres !
On comprend pourquoi les chênes sont associés
à la force, à la robustesse et à la longévité. D'ailleurs, le nom latin du genre, Quercus, provient des mots celtes
quer (par excellence) et cuez (arbre).
Dans cette collection d'«arbres par excellence», les chênes rouges
(Quercus rubra) se distinguent par leur magnifique feuillage automnal rouge bronze. Un peu plus tard en saison, ce sont les chênes pédonculés
fastigiés (Quercus robur 'Fastigiata') qui leur volent la vedette avec leur feuillage
marcescent pour le moins intriguant.
Alors que la grande majorité de nos arbres feuillus perdent leurs feuilles vers la fin de l'automne, celles du chêne pédonculé
fastigié persistent sur l'arbre tout l'hiver pour ne tomber qu'au printemps suivant.
Autrefois, le sud du Québec comptait une grande quantité de chênes rouges, blancs (Quercus alba)
et à gros fruits (Quercus macrocarpa). La popularité du chêne pour la construction maritime, l'ébénisterie,
la carrosserie, la tonnellerie et le bois de chauffage a tôt fait de réduire considérablement leur abondance.
Les nombreuses qualités du bois de chêne (dur, lourd, fort, à grain serré et durable) en font encore aujourd'hui un matériau très convoité.
Station 4 : les sorbiers
Après la magnificence des chênes, découvrez l'exubérance des sorbiers (Sorbus spp.). Leurs grappes
de fruits rouge orangé vif en font des arbres ornementaux exceptionnels... et des garde-manger bien remplis pour les oiseaux !
Plus connues au Québec sous le nom de «cormes», les sorbes (fruits du sorbier ou du «cormier», en langage populaire)
ont été longtemps utilisées pour faire des gelées.
Très amères, elles deviennent plus sucrées après les premières nuits froides d'automne et persistent sur l'arbre pendant l'hiver.
La collection compte plusieurs espèces et cultivars qui, malgré leurs différences, produisent tous des fruits semblables.
Quelques espèces européennes ont des feuilles simples, contrairement aux sorbiers d'Amérique qui possèdent des feuilles composées.
Bien que très résistants au froid, les sorbiers ne sont pas des arbres robustes. Ils sont sujets à de nombreuses maladies,
dont la plus répandue est la
brûlure bactérienne, qui se propage rapidement et fait flétrir les feuilles.
Vous pouvez sans doute observer des dommages sur certains spécimens. Pour cette raison, on déconseille de
planter des sorbiers près de vos arbres fruitiers, car ils peuvent devenir de véritables foyers d'infestation.
Station 5 : les noyers
Lorsque vous apercevrez des écureuils affairés à ramasser ce qui ressemble à des «balles de golf» vert-jaune, n'allez pas plus loin, vous avez trouvé les noyers !
Ces arbres, qui croissent dans des sols riches et bien drainés,
ont besoin de beaucoup de soleil. Ils sécrètent par leurs racines une toxine, la juglone, qui réduit la croissance de nombreux compétiteurs.
Au Canada, le noyer noir (Juglans nigra) pousse à l'état naturel uniquement dans le sud
de l'Ontario. On le retrouve cependant dans la partie méridionale du Québec où il est planté comme arbre d'ornement et, en plantations d'essais, à des fins de
production de bois noble.
Ses noix douces et très parfumées
sont comestibles mais déplaisantes à manipuler, car le brou (l'enveloppe externe de la noix) libère une teinture indélébile riche en iode. Son bois brun foncé, tournant parfois au noir, est très prisé par les ébénistes pour la fabrication
de meubles de grande valeur.
Le noyer commun (Juglans regia), originaire d'Europe, produit les fameuses «noix de Grenoble» et possède un bois plus clair que celui du noyer noir.
Le noyer cendré (Juglans cinerea), le seul noyer indigène au
Québec, possède aussi un bois et des noix de qualité mais il est exploité moins intensivement que les noyers noir et commun. Il est toutefois plus
rustique.
Les noyers cendrés du Canada et des États-Unis sont menacés par le chancre du noyer
cendré, une infection provoquée par un champignon (Sirococcus clavigignenti-juglandacearum) qui peut causer de graves dommages à l'arbre et même entraîner sa mort.
Station 6 : les ginkgos
Vous serez transportés dans la Chine ancestrale en parcourant la splendide collection de ginkgos, au feuillage doré éclatant.
En effet, le Ginkgo biloba, véritable ancêtre vivant, côtoyait les dinosaures il y a 150 millions d'années.
Il a survécu aux extinctions et aux glaciations à partir d'un refuge naturel dans les montagnes de l'est de la Chine. Il est aujourd'hui l'unique représentant de la famille des Ginkgoacées.
Le botaniste Kaempfer, après l'avoir observé au Japon, le fît connaître à l'Occident en 1690.
C'est aujourd'hui un arbre d'ornement très populaire à travers le monde. Très résistant à la pollution, aux insectes et aux maladies,
le Gingko biloba est un arbre idéal pour les milieux urbains. Évitez toutefois de planter des sujets femelles, car leurs fruits dégagent une odeur nauséabonde après leur chute. Vous remarquerez que même les écureuils les plus gourmands ne touchent
pas aux fruits de l'unique arbre femelle de l'Arboretum. Tous les autres gingkos de la collection sont des mâles, mis à part trois individus dont le sexe est encore inconnu.
Station finale : la Maison de l'arbre
Quelque chose a frappé votre curiosité pendant le circuit mais reste sans réponse ? Un animateur de la Maison de l'arbre pourra sûrement vous éclairer. Profitez-en pour visiter nos deux magnifiques expositions :
Au coeur de l'arbre vous fera découvrir l'arbre sous toutes ses facettes alors que l'exposition temporaire en cours saura vous intéresser. Bonne visite !
Cet article d'Étienne Laliberté et Guylain Boudreau a été publié dans la revue Quatre-Temps (Vol. 27, no. 3, septembre 2003).
Au moment de la rédaction de cet article, Étienne Laliberté et Guylain Boudreau étaient animateurs à la Maison de l'arbre du Jardin botanique de Montréal. |