Le Boisé des frênes est l'un des rares espaces du Jardin botanique qui n'ait pas été aménagé. Situé juste au nord
du Jardin du sous-bois, ce boisé humide, partiellement inondé au printemps,
longe le Parc Maisonneuve sur une distance d'environ 300 mètres. Laissée à elle-même depuis belle lurette,
cette frênaie (d'où le boisé tire son nom), démontre cependant des signes de dégradation. Bien que près de 500 frênes de
Pennsylvanie (frênes rouges) et plus de 200 ormes d'Amérique se partagent la canopée, le sous-étage est dominé par deux
espèces envahissantes principales.
Le nerprun cathartique (Rhamnus catharticus) est l'une de ces espèces.
Il s'agit d'un arbrisseau pouvant atteindre jusqu'à sept mètres de hauteur. Naturalisé d'Europe, il est abondant
autour des villes. Dans le sous-étage arborescent du Boisé des frênes, le nerprun constitue 49% des gaules, soit
les jeunes arbres dont le diamètre du tronc est compris entre 1 et 10 cm, alors que l'orme et le frêne n'en représentent
que 15% et 5% respectivement. Or, les gaules constituent la prochaine génération d'arbres adultes et
façonneront le boisé de demain. De plus, dans certaines portions du boisé, la strate des arbustes et des
semis est composée jusqu'à 40% de nerprun. Avec ce portrait, tout porte à croire que le nerprun prendra
le dessus sur le boisé et que celui-ci pourrait perdre son titre de frênaie dans les décennies à venir.
La deuxième espèce envahissante principale, l'anthrisque (Anthriscus sylvestris), domine la strate herbacée.
Également appelée persil sauvage, il s'agit d'une ombellifère naturalisée d'Europe dans la région de Montréal
qui est affublée du titre de mauvaise herbe à cause de son caractère très envahissant.
Elle peut s'emparer complètement de grandes étendues de terrain et elle inhibe la présence d'autres espèces en sous-bois.
Finalement, d'autres espèces indésirables, parce qu'elles sont envahissantes, exotiques ou non typiques d'un boisé humide,
se trouvent dans le Boisé des frênes, tel que l'alliaire (Alliaria petiolata), l'érable de Norvège (Acer platanoides)
et l'érable à Giguère (Acer negundo).
Afin de contrôler ces espèces envahissantes et redonner au boisé son caractère typique, les Amis du Jardin botanique
ont fait appel au programme ÉcoAction d'Environnement Canada. Ils se sont vus attribuer une subvention au montant de 47 300$.
Ceci a permis de démarrer un projet de réhabilitation du Boisé des frênes, qui s'étend de mai 2008 à juin 2009.
Le projet vise à mettre le boisé en valeur par l'éradication des espèces envahissantes et l'introduction d'espèces
indigènes propres à un boisé humide, de même qu'à favoriser la protection des espèces animales qui s'y trouvent.
Plusieurs partenaires se sont joints au projet. Jusqu'à maintenant, nous avons pu compter sur la participation des
Pousses Urbaines, une entreprise de réinsertion sociale pour les jeunes de 16 à 30 ans et offrant des services horticoles.
Des bénévoles des Amis du Jardin botanique et des étudiants de l'Institut de recherche en biologie végétale (IRBV)
ont aussi effectué des corvées d'arrachage et de plantation d'herbacées. Pour leur part, les étudiants de l'École des métiers
de l'horticulture de Montréal ont procédé à la plantation d'arbres et d'arbustes. La Ville de Montréal contribue largement
au projet par son expertise, ses ressources humaines et le prêt de matériel et d'équipement. De plus,
la pépinière municipale de l'Assomption a fait le don de végétaux pour le projet.
Enfin, la pépinière de Berthier (gouvernement du Québec) a offert des arbres pour le boisé.
À ce jour, des milliers de plants de nerprun et d'anthrisque ont été arrachés et plus de 2 700 végétaux ont été plantés,
soit des arbres, des arbustes, des fougères et des herbacées. Les travaux d'arrachage et de plantation se poursuivront
jusqu'au printemps 2009.
Le nouveau Boisé des frênes sera officiellement inauguré au début de l'été 2009, mais d'ici là le boisé,
qui accueille plusieurs marcheurs et joggeurs, demeure ouvert au grand public qui pourra y observer l'évolution des travaux.
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