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Énoncé d’orientation pour la politique du
patrimoine
de la Ville de Montréal
« La mémoire
est un ressort essentiel de la créativité : c'est
vrai des individus comme des peuples, qui puisent dans leur patrimoine
— naturel et culturel, matériel comme immatériel
— les repères de leur identité et la source
de leur inspiration. »
– L’UNESCO
NB – Ce texte est une version allégée,
la version intégrale
en format PDF peut être téléchargée
de même que la traduction
anglaise de la version allégée.
Faisant suite au Sommet de Montréal
de 2002, la Ville s’est engagée à élaborer
et à mettre en œuvre une politique du patrimoine. Comme
hôte de la 8e Conférence mondiale des villes historiques
en octobre 2003, elle a renouvelé cet engagement en faisant
adopter la Déclaration de Montréal. C’est
dans ce contexte que le Comité exécutif a mandaté
le Groupe-conseil pour produire un énoncé d’orientation
devant guider la Ville dans l’élaboration d’une
politique du patrimoine à être soumise à la
consultation publique avant d’être adoptée par
le Conseil municipal.
Cette version allégée reprend
les aspects essentiels de l’Énoncé d’orientation
pour une politique du patrimoine de la Ville de Montréal
et en reproduit intégralement les recommandations. L’Énoncé
a été remis par Mme Gretta Chambers, journaliste,
chancelière émérite de l’Université
McGill et présidente du Groupe-conseil, à Mme Francine
Senécal, vice-présidente du Comité exécutif
de la Ville et responsable politique du dossier Culture et Patrimoine.
L'Énoncé propose
des orientations de fond avec l'ambition de faire du patrimoine
de l'île un levier de développement culturel, social
et économique, et de rendre la préoccupation patrimoniale
incontournable dans toutes les grandes démarches de la Ville.
Trois principes ont guidé le Groupe-conseil
:
- Favoriser la conservation, la mise en valeur et l'interprétation
des patrimoines montréalais dans une perspective de développement
durable et d'inclusion;
- Rendre ces patrimoines accessibles aux citoyens et aux visiteurs;
- Transmettre ces patrimoines aux générations futures.
Les orientations proposées par le
Groupe-conseil ont été regroupées sous les
cinq grandes facettes de l’action patrimoniale : la valorisation,
la sensibilisation, l’appropriation, la conservation et la
gestion. À cela s’ajoutent quelques enjeux actuels
de première importance.
1. Le patrimoine
Avant toute chose, il faut définir
ce qu’est le patrimoine, une notion qui, loin d’être
figée, s'est considérablement enrichie avec le temps.
Le patrimoine est avant tout le témoignage
d’une collectivité, de son origine et de ce qu'elle
a accompli. Il constitue une force unificatrice qui soude et soutient
cette collectivité dans un monde en constant changement.
Au patrimoine bâti, autant ancien
que moderne, qui comprend aussi les espaces publics (les rues, les
parcs, les stations de métro, le mobilier urbain, etc.),
il faut maintenant ajouter les patrimoines naturel, archéologique,
industriel, scientifique, technique, maritime, fluvial et, finalement,
le patrimoine immatériel qui affirme la dimension humaine
vivante, un aspect à ne pas négliger.
Le Groupe-conseil a retenu la définition
avancée par le Conseil du patrimoine de Montréal
:
« Le patrimoine désigne tout objet ou
ensemble, naturel ou culturel, matériel ou immatériel,
qu'une collectivité reconnaît pour ses valeurs de
témoignage et de mémoire historique, en faisant
ressortir la nécessité de le protéger, de
le conserver, de se l'approprier, de le mettre en valeur et de
le transmettre. »
Le patrimoine naturel comprend
:
- Les ensembles naturels constitués par des formations
physiques, biologiques et hydrographiques;
- Les formations géologiques et physiographiques, et les
zones strictement délimitées constituant l'habitat
d'espèces menacées;
- Les sites naturels ou les zones naturelles strictement délimitées.
Le patrimoine culturel matériel
comprend :
- Le patrimoine mobilier : les créations artistiques,
les œuvres de culture populaire, les archives, les collections
privées et publiques, les objets ethnologiques, le mobilier
urbain, les monuments commémoratifs ou funéraires;
- Le patrimoine immobilier : des groupes de constructions isolées
ou réunies ; des éléments ou des structures
de caractère archéologique; des sites : œuvres
de l'homme ou œuvres conjuguées de l'homme et de la
nature, appelés paysages culturels ; le patrimoine industriel.
Le patrimoine culturel immatériel
comprend :
- Les pratiques, représentations, expressions, connaissances
et savoir-faire que les communautés et les groupes reconnaissent
comme faisant partie de leur patrimoine culturel;
- La toponymie : les opérations de dénomination
des lieux.
2. Montréal, ville patrimoniale
Son histoire et son site confèrent
à Montréal un caractère absolument distinctif
en Amérique du Nord.
La ville fut fondée en territoire
amérindien au point précis où la remontée
du fleuve Saint-Laurent devenait impossible pour les navires. À
partir de 1850 et pendant près d'un siècle, elle s'imposera
comme le plus grand centre industriel du Canada. Aujourd'hui, elle
est un haut lieu de la francophonie et demeure un important centre
économique, scientifique et intellectuel.
Montréal est également une
des rares cités nord-américaines qui arbore encore
des signes des XVIIe et XVIIIe siècles. L'ensemble reflète
les apports de trois grandes civilisations : la française,
la britannique et l'américaine.
Même si de grands progrès ont
été réalisés à Montréal
en préservation du patrimoine, celui-ci demeure toujours
menacé, entre autres par les destructions, par des interventions
douteuses, par la nature elle-même, par la négligence
ou simplement par l’oubli. S’ajoute à cela l'indifférence.
À l'instar d'autres grandes villes
du monde, une défense efficace du patrimoine exige un leadership
exemplaire de la Ville et commande une combinaison judicieuse de
mesures coercitives et incitatives.
IL EST RECOMMANDÉ que dans le cadre
de sa politique patrimoniale, la Ville de Montréal fasse
preuve d'un leadership exemplaire relativement à tous les
aspects de la conservation et de la mise en valeur du patrimoine
naturel et culturel, matériel ou immatériel, à
savoir ceux reliés à la valorisation, la sensibilisation,
l'appropriation, la conservation et la gestion.
3. La valorisation
Un objet, un lieu ou un savoir n'est pas
en soi un élément patrimonial. Il le devient par le
sens qui lui est donné.
Le processus de valorisation n'est ni uniforme,
ni linéaire. C'est un processus dynamique de débats
publics et de confrontations des points de vue, une démarche
qui permet à la société d'indiquer ce qu'elle
considère comme essentiel.
La nature dynamique du processus, le contexte
d'interactions complexes dans lequel il s'inscrit et le caractère
le plus souvent irrémédiable des décisions
qu'il entraîne confirment la nécessité, dans
une ville comme Montréal, de maintenir le cap sur la plus
grande transparence possible en matière de patrimoine. Il
s’agit aussi d’affirmer énergiquement le rôle
de son principal organisme-conseil indépendant, le Conseil
du patrimoine de Montréal.
Dans chacun des arrondissements, la perception
du patrimoine et de son importance, sa gestion et les expertises
acquises varient beaucoup. Dans ce contexte, la Ville doit s'assurer
que les valeurs patrimoniales sont reconnues sur l'ensemble du territoire.
Elle devrait également réactiver et standardiser le
processus de citation d’immeubles et de création de
sites du patrimoine prévu par la Loi sur les biens culturels.
IL EST RECOMMANDÉ que la Ville de
Montréal :
- En prenant appui sur les forces vives de sa population, sur
les multiples acteurs publics et privés intéressés
au patrimoine naturel et culturel, matériel ou immatériel,
et sur les expertises véhiculées par ses nombreuses
institutions culturelles, universitaires et autres, fasse la promotion
de la valeur du patrimoine sous toutes ses formes et expressions;
- Assure sur tout son territoire et dans tous les arrondissements
une compréhension et une reconnaissance commune partagée
de l'essence des valeurs et des retombées du patrimoine
et veille à ce que ces objectifs se traduisent dans son
plan d'urbanisme, dans la réglementation qui lui est associée
et dans l'ensemble de ses programmes;
- Regroupe dans un fichier central l'ensemble des études
et recherches commandées par elle ou ses organismes dans
le domaine du patrimoine et ceux afférents à ce
dernier, inclut dans ce fichier les travaux du même type
des deux autres paliers de gouvernement, des universités
et d'autres institutions, et crée à cette fin toutes
les formes de partenariats nécessaires.
4. La sensibilisation
C'est dans la mesure où le patrimoine
est présent dans les esprits qu'il peut être véritablement
valorisé, respecté et conservé.
Relever pleinement le défi de la sensibilisation, c'est mettre
l’accent sur les citoyens qui rarement, voire jamais, fréquentent
les musées, les lieux patrimoniaux, etc., notamment les jeunes
et les nouveaux arrivants ; c’est aussi soutenir le milieu
associatif, cette centaine de groupes locaux dévoués
à la mise en valeur du patrimoine.
Une démarche de sensibilisation présuppose
une vision claire, organisée et synergique de l'action de
la Ville.
IL EST RECOMMANDÉ que la Ville de
Montréal :
- Confie une part plus importante de la diffusion de la connaissance
et des enjeux du patrimoine sous toutes ses formes aux bibliothèques
de quartier, aux maisons de la culture, aux institutions muséales,
aux centres de loisirs et autres lieux de diffusion;
- Développe, en étroite concertation avec les milieux
patrimoniaux montréalais, des démarches de sensibilisation
qui permettent de relier entre eux les divers éléments
du patrimoine montréalais en vue de renforcer le sentiment
d'identité collective au sein de la nouvelle agglomération,
se dote d'un centre d'impulsion et de ressources en matière
de développement de ces démarches, et fasse largement
appel aux nouvelles technologies;
- Apporte un appui approprié aux institutions, organismes
et acteurs qui s'occupent de la sensibilisation au patrimoine
naturel et culturel, matériel et immatériel;
- Réponde de façon plus soutenue aux besoins de
stabilité et de fonctionnement du milieu associatif dans
le domaine du patrimoine.
5. L'appropriation
Miser sur l'appropriation, c'est se donner
comme valeur fondamentale le respect de la volonté des citoyens
dans le cadre d'un urbanisme de participation. C'est admettre le
rôle collectif des citoyens et des associations qu'ils forment
pour porter leur point de vue. Leur perception du patrimoine est
déterminante pour toute intervention dans ce domaine.
Veiller à l'appropriation, c'est également veiller
à l'équilibre entre les intérêts privés
et l'intérêt public, entre autres, en s’assurant
de l’accès physique et économique de certains
lieux.
IL EST RECOMMANDÉ que la Ville de Montréal :
- Reconnaisse que l'appropriation populaire constitue une assise
essentielle à la reconnaissance et à la conservation
du patrimoine sous toutes ses formes;
- Se montre sensible à toute manifestation d'appropriation
de la part de personnes ou de groupes;
- Encourage et aide, dans le cadre d'une vision partagée,
les personnes, les communautés, les acteurs du secteur
public et privé du milieu patrimonial relativement à
la gestion et à la mise en valeur du patrimoine;
- Crée les conditions pour que cet encouragement et cette
aide soient adéquats tant au plan des arrondissements que
des services centraux, et s'assure de la fluidité de la
communication et de la collaboration entre tous les intervenants
municipaux concernés;
- S'assure du caractère public et de la transparence du
processus de prise de décision dans les matières
touchant de près ou de loin le patrimoine, et d'une présence
déterminante d'experts indépendants dans ses organismes
consultatifs habilités à fournir des avis dans ces
matières.
6. Conserver
Il faut distinguer cinq champs distincts
d'activités de conservation :
- le champ du bâti, de l'archéologie, des paysages,
des sites et des œuvres d'art public;
- les collections d'artefacts (peintures, sculptures, photographies,
pièces d'équipement, moyens de transport, matériel
publicitaire, etc.);
- les documents et les archives;
- le patrimoine immatériel;
- l'ensemble des mesures de protection du patrimoine contre les
sinistres et la déprédation.
La conservation des richesses patrimoniales
que sont les édifices, constructions, œuvres d'art public,
les paysages humanisés (ex. les cimetières) et autres
sites ne se fait pas en les figeant dans le temps, mais par des
stratégies d'aménagement urbain. Leur succès
repose sur la mobilisation de quatre familles d'acteurs :
- le secteur privé;
- le secteur public et parapublic;
- le milieu associatif comme sensibilisateur, animateur et initiateur
de démarches collectives;
- les institutions du savoir pour le développement des
connaissances et de la formation.
Le nouveau plan d'urbanisme, qui s'étendra
à l'ensemble de l'île, fournira à la Ville un
outil majeur pour faire du patrimoine un levier de développement
social, culturel et économique.
Les musées sont les acteurs premiers
dans la conservation et la mise en valeur des artefacts. Le soutien
de la Ville à leur égard doit être repensé
et recentré sur des objectifs clairs. Pour sa part, la Ville
devrait développer sa propre collection d’œuvres
d’art. Quant aux archives qui constituent la mémoire
collective et individuelle, trop peu de propriétaires de
documents culturels savent qu’ils peuvent les verser à
un service d'archives pour en assurer la conservation. Enfin, pour
en assurer la pérennité, il y a lieu de faire l’inventaire
du patrimoine dit immatériel, fondé sur la tradition
et transmis oralement ou par imitation; ses formes sont multiples,
surtout dans une ville où la diversité culturelle
est bien représentée avec quelque 80 communautés
ethnoculturelles.
IL EST RECOMMANDÉ que la Ville de
Montréal :
- Affirme et inscrive dans ses principes directeurs sa volonté
de faire des richesses patrimoniales des leviers de développement
culturel, social et économique et s'assure que le patrimoine
devienne une des variables obligatoirement considérées
dans toutes ses prises de décision;
- Se préoccupe activement, dans ses démarches de
planification, de réglementation et autres, de la conservation
et de la mise en valeur du patrimoine sous toutes ses formes;
- S'assure que son plan d'urbanisme et son document complémentaire,
qui constituent dans leur essence même un outil irremplaçable
de communication, fassent de la conservation et de la mise en
valeur du patrimoine le levier privilégié de planification
et d'intervention pour le développement, la réhabilitation,
l'aménagement et le réaménagement de tout
son territoire;
- Prenne acte de la nécessité de développer
d'une façon énergique et pertinente sa collection
municipale d'archives et d'œuvres d'art, de consolider ses
inventaires et d'assurer leur sécurité;
- Reconnaisse le rôle central joué par les musées
de Montréal, clarifie avec eux les objectifs municipaux
en matière de muséologie montréalaise et
précise la part qu'elle entend assumer dans son développement;
reconnaisse également la nature et les besoins spécifiques
des institutions muséales relevant plus directement d'elle;
- Facilite la constitution d'un réseau de centres d'archives
de Montréal et accroisse l'accès du public aux richesses
patrimoniales de ces centres en favorisant la numérisation
et en créant des sites informatiques spécialisés;
- S'assure de la pérennisation du patrimoine immatériel
par son appropriation la plus large possible par les Montréalais
en recourant à cette fin à des stratégies
fondées sur l'évaluation du potentiel d'animation
et d'interprétation d'activités ou d'événements
culturels porteurs, la détermination de leur potentiel
pour le public montréalais, l'identification des besoins
pour leur mise en valeur ou de lieux pour leur pratique.
7. Gérer le patrimoine
Pour être pertinente, la gestion du
patrimoine doit s'enraciner fermement dans une approche globale
de la gestion de la ville et en devenir ainsi partie intégrante.
Elle doit également s'articuler à deux niveaux : celui
de l'obligation, qui se traduit par la réglementation et
les édictions de règles formelles, et celui de la
concertation et de la persuasion, qui comprend tout ce qui a trait
à la sensibilisation au patrimoine, à sa diffusion
et à son appropriation, à l'aide aux citoyens, au
maillage avec le milieu patrimonial et aux partenariats de toute
nature que la Ville met sur pied dans le cadre de la conservation
du patrimoine.
À Montréal, des acteurs à
différents niveaux ont un mot à dire en gestion du
patrimoine :
Niveau municipal. La Ville peut agir directement
sur le patrimoine bâti par la planification et la réglementation,
par ses activités de diffusion et de sensibilisation, par
son soutien au milieu associatif, par une gestion exemplaire de
ses propres biens (les immeubles municipaux, les parcs et les places
publiques, diverses collections, etc.), dont l’état
de conservation est variable et qui ne possèdent pas toujours
de programme d’entretien.
Niveau provincial. Le gouvernement
provincial accorde un statut légal de protection aux biens
culturels.
Niveau fédéral.
Le gouvernement fédéral désigne des lieux et
des monuments historiques.
Niveau privé. Les
partenariats avec le secteur privé sont essentiels à
la réalisation de grands projets.
Niveau international. La
Ville pourrait positionner le patrimoine montréalais au plan
international avec la pertinence d'inscrire de ses éléments
sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.
Au sein même de son organisation,
la Ville doit s'assurer que toutes les actions menées par
ses différents services sont complémentaires, notamment
en établissant un mécanisme de coordination pour chacune
des grandes actions en patrimoine.
IL EST RECOMMANDÉ que la Ville de
Montréal :
- Se dote d'une approche globale et exemplaire de gestion du patrimoine
sous toutes ses formes, tant du point de vue de la réglementation
et de la concertation entre arrondissements et organismes que
de celui de la persuasion;
- Prévoit un mécanisme responsable de l'harmonisation
des politiques et des actions en patrimoine, autant entre les
services centraux qu'entre ces derniers et les arrondissements,
et qui soit directement redevable à la plus haute autorité
administrative interne;
- Exerce son leadership pour que, dans le cadre d'une approche
globale de concertation, les paliers supérieurs de gouvernement
et sa propre administration contribuent de façon dynamique
à la conservation, à la gestion et à la mise
en valeur du patrimoine sur l'ensemble de son territoire;
- Vise à développer des partenariats performants
avec les gouvernements supérieurs et des acteurs privés
pour poursuivre par divers moyens tels que les subventions, incitatifs
fiscaux, projets, etc., ses objectifs dans la gestion du patrimoine
sous toutes ses formes;
- S'assure et prenne les moyens pour que les arrondissements,
les services municipaux et les organismes paramunicipaux aient
les mêmes approches et normes de gestion et de conservation
du patrimoine;
- Privilégie l'occupation des immeubles de valeur patrimoniale
dont elle a la responsabilité, par ses propres services
ou par des organismes culturels et communautaires, en veillant
à protéger la valeur patrimoniale de ces immeubles,
à les entretenir adéquatement et à les rendre
accessibles au public.
8. Des enjeux spécifiques à Montréal
Un certain nombre d'enjeux spécifiques
ne doivent pas être perdus de vue dans l'élaboration
de la politique du patrimoine.
Le patrimoine naturel
En 2002, Montréal ne comptait que
1 614 hectares d’aires protégées en milieu terrestre
soit un peu plus de 3 % de son territoire. Il ne s’agit ici
que de milieux naturels présentant une valeur patrimoniale
ou historique, ou un caractère unique. La situation actuelle
est grave en raison d’une constante poussée du développement
urbain. Année après année, de 70 à 75
hectares de surfaces boisées disparaissent tout simplement.
Le patrimoine religieux
L'importance et la valeur architecturale
des églises, temples et synagogues ne sont plus à
démontrer. Montréal compte plus de 500 lieux de culte
dont la conservation et l’entretien posent de sérieux
problèmes. De leur côté, les ensembles conventuels
des communautés religieuses témoignent de tout un
pan de l’histoire de Montréal; les couvents, les monastères
et les maisons-mères de Montréal vivent de plus en
plus les effets du manque de moyens. Par ailleurs, la valeur paysagère
des cimetières est de plus en plus largement reconnue; ils
sont aussi des lieux sacrés porteurs d’une forte dimension
symbolique et commémorative. La Ville doit considérer
le patrimoine religieux comme un enjeu prioritaire.
Le Vieux-Montréal
Le Vieux-Montréal apparaît
sans conteste comme une pièce maîtresse du patrimoine
montréalais. Les efforts considérables des dernières
décennies ont assuré sa conservation, sa remise en
état et sa vitalité. Il est maintenant un quartier
patrimonial en bon état, sous haute surveillance, malgré
tout fragile parce que très sollicité. La Ville doit
continuer à apporter une attention soutenue à son
arrondissement historique.
Le mont Royal
Au cœur de la ville, le mont Royal
est un milieu unique caractérisé par divers types
de patrimoine. Le gouvernement du Québec doit maintenant
adopter un décret le reconnaissant arrondissement historique
et naturel, avec un territoire correspondant à celui du Site
du patrimoine du mont Royal, auquel s'ajoutent les sommets
de Westmount et d'Outremont. Il touche ainsi le territoire de cinq
arrondissements. Trois enjeux méritent l'attention de la
Ville. Le premier consiste à coordonner les interventions
sur le patrimoine bâti et naturel des cinq arrondissements
concernés. Le deuxième touche aux problèmes
liés à la présence de grandes institutions
sur la montagne. Le dernier concerne l’harmonisation des pratiques
de gestion du gouvernement du Québec, à travers tous
ses ministères qui ont des propriétés sur le
mont Royal.
Le canal de Lachine
Ce site est reconnu à la fois comme
voie navigable majeure et comme berceau de l'industrialisation du
Canada. La majeure partie des éléments d’intérêt
patrimonial immédiatement situés aux abords du canal
se trouvent sur le domaine privé. Son territoire est actuellement
exploité à un rythme effréné, entraînant
souvent des gestes irréversibles, faisant disparaître
des témoins significatifs de l’histoire du lieu. La
construction de complexes résidentiels entraîne parfois
une « privatisation » des abords du canal
en concurrence avec les efforts d’aménagement du domaine
public. Force est de constater l’absence de mécanismes
formels de concertation des arrondissements traversés par
le canal.
La Ville doit reconnaître comme un
enjeu métropolitain le développement et la mise en
valeur du canal de Lachine et des quartiers des communautés
qui ont contribué à sa construction et à son
essor. Elle devrait examiner la possibilité de créer
le Site du patrimoine du canal de Lachine.
Le patrimoine industriel
Le patrimoine industriel comprend l’ensemble
des témoignages de l’ère industrielle reliés
à la production de biens de consommation, ainsi que l’impact
de ces activités sur le milieu humain et la morphologie de
la ville.
La désindustrialisation et la pression
exercée, ces dernières décennies, sur les grands
complexes industriels dans la plupart des pays occidentaux ont montré
l’urgence de conserver des témoins de la période
industrielle avant leur complète disparition. Montréal
se retrouve maintenant avec d'importantes friches industrielles
qui résultent de l'abandon de complexes industriels. Il s’agit
de sites de développement très convoités par
les promoteurs immobiliers; même phénomène pour
des bâtiments industriels intégrés à
divers quartiers de la ville.
La Ville devrait se doter d'un plan d'action
et des mécanismes nécessaires pour assurer la protection
des témoins industriels significatifs.
Le patrimoine du XXe siècle
Montréal projette l’image d’une
métropole moderne et avant-gardiste avec son centre-ville
et sa ville souterraine. Une partie de son identité repose
sur des constructions ou ensembles emblématiques du XXe siècle,
tels que : l’Université de Montréal, le Jardin
botanique, la croix du mont Royal, le pont Jacques-Cartier, la Place
Ville-Marie, la Place de la Bourse, le métro de Montréal,
le Montréal intérieur, Expo 67, Habitat 67 et les
installations olympiques. Des architectes de renommée internationale
y ont œuvré. De même, de nombreux architectes
montréalais sont devenus des figures importantes de l’architecture
moderne.
La réflexion sur le patrimoine du
XXe siècle est en pleine gestation et cela, autant à
travers le monde qu’au Québec et au Canada. Même
si ce patrimoine, particulièrement le plus récent,
n’est pas encore suffisamment perçu comme tel, l’attitude
à son égard évolue. Le plan d’urbanisme
a déjà été modifié pour inclure
le patrimoine plus récent, et des bâtiments et des
secteurs ont été ciblés. D’ailleurs,
plusieurs des propriétés de la Ville sont des ouvrages
ou des œuvres du XXe siècle. L'exemplarité dans
la gestion de ces propriétés est déjà
en soi une réponse importante au défi posé
par la conservation, la mise en valeur et l'accessibilité
d'une partie significative de ce patrimoine.
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