Ville de Montréal

QUESNEL, Joseph

(1746-1809)

Poète né à Saint-Malo (France) en 1746 et non 1749 comme l'ont toujours indiqué ses biographes. Fils de commerçant, il voyage pendant une dizaine d'années à titre de représentant de la maison familiale à Madagascar, aux Antilles et en Amérique du Sud. En 1779, il est amené à Halifax, lorsque la marins britannique arraisonne son bateau

« L'Espoir » qui se dirige vers les États-Unis. Grâce à la bienveillance du gouverneur Haldimand, Joseph Quesnel peut s'établir à Montréal. Il épouse, en 1780, la fille d'un riche trafiquant de fourrures et, jusqu'en 1793, il s'occupe activement de la traite ; il ramasse ainsi une certaine fortune qui lui permet de s'établir comme rentier à Boucherville. Dès son arrivée à Montréal, en 1780, il participe aux activités théâtrales. Après un court séjour en France, il écrit en 1789, Colas et Colinette , premier opéra comique composé et présenté en Amérique du Nord, joué l'année suivante par la Troupe du théâtre de la société. Mais la vocation littéraire de Quesnel ne date vraiment que de 1799. Les trois longs poèmes, « L'Épître à Labadie », « Le Rimeur dépité » et

« La Nouvelle Académie » témoignent du désir de faire connaître son ouvre poétique à se amis. Joseph Quesnel n'a pas publié de recueil ; quelques-uns de ses poèmes parurent dans des journaux et des revues : quinze de ses trente-quatre textes poétiques demeurent à l'état de manuscrits. Son oeuvre poétique comprend surtout des poèmes de circonstance et des épigrammes. Il est également l'auteur d'une pièce de théâtre, L'Anglomanie et d'un autre opéra., « Lucas et Cécile »; on lui attribue aussi la pièce Les Républicains français .

À son époque, Quesnel fut surtout connu pas son théâtre. Colas et Colinette , sa première pièce, n'a rien de spécifiquement canadien. Les personnages incarnent des stéréotypes du théâtre français au XVIII e siècle; l'amant naïf, la jeune fille plus instruite que celui-ci, le rival fourbe, le valet sympathique et le seigneur qui joue complaisamment le rôle d'arbitre.. Les quatorze airs chantés sont dans le style de Grétry, de Philidor et de Monsigny. Le deuxième pièce attribuée à Quesnel, Les Républicains français, se déroule pendant la période de la Terreur sous Robespierre, et consiste en un long dialogue entre six citoyens réunis dans un cabaret parisien. Réquisitoire contre la tyrannie du comité du Salut public, la pièce aurait eu pour source d'inspiration l'exécution d'un cousin par alliance de Quesnel, pendent la Révolution française. L'Anglomanie, la troisième pièce de Quesnel, la plus intéressante dans son ouvre de dramaturge, se situe pas sa thématique dans le contexte québécois. L'auteur raille avec doigté les travers des militaires et seigneurs qui singent les mours anglaises; il prend pour modèle une famille bien connue de Boucherville. Selon Baudoin Burger, « Quesnel est un homme d'ancien régime; de la même manière qu'il veut conserver les structures sociales traditionnelles, il écrit des comédies qui suivent les formes littéraires traditionnelles et reconnues. Il est poète et musicien, auteur dramatique, acteur et directeur de troupe, bref, il est l'apôtre culturel de cette bourgeoisie montréalaise de plus en plus dominée ».

Compositeur, dramaturge, poète, animateur de théâtre et homme de lettre, Joseph Quesnel apporta au Canada la culture française du XVIII e siècle. Le culte de Quesnel, « le père de nos amours », demeure vivant longtemps après sa mort.

(Réginald Hamel, John Hare et Paul Wyczyneski. Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du nord, Montréal, Fides,1989. p.576-577)

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